17 juin 2014

Quinze femmes oubliées de l'histoire de l'Amérique


Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque redonnent ses lettres de noblesse à une Amérique qu'on a trop souvent voulu enterrer


Marie-Christine Lévesque et Serge Bouchard, auteurs de l’ouvrage Elles ont fait l’Amérique <br />
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir

Marie-Christine Lévesque et Serge Bouchard, auteurs de l’ouvrage Elles ont fait l’Amérique 

Leur Amérique n'est pas pure. Elle est polyglotte, métisse, plurielle. Leur Amérique n'est pas celle que l'on raconte dans les livres. Du moins pas jusqu'à maintenant. Dans une superbe mise en textes de certains épisodes de la série De remarquables oubliés, diffusée à ce jour à la Première Chaîne de Radio-Canada, Serge Bouchard et sa conjointe Marie-Christine Lévesque redonnent ses lettres de noblesse à une Amérique qu'on a trop souvent voulu enterrer. Voyage à l'envers du temps.

Lorsqu'il avait vingt ans, plutôt que de s'intéresser à l'amour libre et à la Crise d'octobre, l'anthropologue Serge Bouchard lisait tout ce qui était écrit sur la civilisation algonquienne, l'ancêtre de la plupart des nations amérindiennes du Québec d'aujourd'hui, et rêvait d'aller fouler au nord des terres méconnues. 

C'est ce savoir, accumulé au fil du temps, que Serge Bouchard distille à travers les récits de vie de ces passionnantes remarquables oubliées de l'histoire de l'Amérique, dans le livre Elles ont fait l'Amérique, qui paraît ces jours-ci chez Lux éditeur. En collaboration avec sa conjointe Marie-Christine Lévesque, Serge Bouchard reprend les portraits de quinze femmes qui ont modelé l'Amérique à leur façon. Quinze femmes dont on ne parle plus aujourd'hui, mais qui ont pourtant eu des destinées fascinantes. Quinze femmes qui dévoilent, par leur existence, une Amérique méconnue, une Amérique métisse. Remarquables femmes, remarquables récits. 

Ces femmes, ce sont Mina Benson Hubbard, qui a cartographié le Labrador, en jupe et en canot, et qui a écrit un livre sur ses expéditions, ou Susan La Flesche Picotte, première femme médecin amérindienne, ou encore Esther Eneutseak et sa fille Nancy Columbia, autochtones de Davis Inlet, dans l'Ungava, qui ont participé au cirque Barnum et Bailey, qui présentait des reconstitutions de villages ethniques. Sous le titre «Congrès ethnologiques des tribus étranges et sauvages», on y annonçait «le plus grand regroupement d'êtres surprenants jamais vus sur terre».

Ces deux dernières femmes, écrivent les auteurs, «ont fait la preuve par l'absurde des vices profonds du racisme scientifique».

Au sujet sensible de ce racisme scientifique, Serge Bouchard est intarissable en entrevue. Car, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, un fort courant prétendument scientifique diffusait un classement des peuples selon leur intelligence. Les Anglais y figuraient en haut de l'échelle, explique Serge Bouchard, en compagnie des Français et des Allemands. Suivaient d'autres peuples européens, dont les Russes ou les Polonais. Venaient ensuite les Asiatiques, puis les Noirs, et enfin les autochtones du monde entier.

C'est à cause de ce «racisme scientifique» que les Canadiens ont toujours nié le profond métissage de leur société avec celle des Amérindiens et qu'ils se sont toujours démesurément identifiés à la France, cette nation qui les a abandonnés, dit-il. Et c'est cette société reniée que Bouchard veut faire connaître dans son livre. 

Car on ne s'embarrasse pas ici des frontières du Québec, du Canada ou des États-Unis modernes. Les récits que racontent Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque se déroulent autant aux abords du lac Winnipeg et sur les plages de Terre-Neuve avec les Béothuks, ce peuple anéanti, que sur les «mauvaises terres» du Nebraska. Esther Wheelwright, l'un des personnages de Elles ont fait l'Amérique, provient d'un village puritain de la Nouvelle-Angleterre. Elle a grandi parmi les Abénaquis qui l'ont kidnappée, avant de finir mère supérieure des Ursulines de Québec!

Bouchard en a d'ailleurs contre l'utilisation de la fleur de lys comme symbole du Québec et préférerait qu'on lui substitue plutôt une épinette noire rabougrie, meilleur témoin de ce qu'a été l'histoire de l'Amérique. 

Oiseau-mouche sur museau d'ours


Marie-Christine Lévesque était depuis longtemps la première lectrice de Bouchard lorsqu'elle s'est mise en tête de réaliser ce projet à partir des émissions radiophoniques. Elle a notamment travaillé, alors qu'elle était éditrice aux éditions du Passage, aux deux tomes des Confessions animales de Bouchard. En présentation des textes, ils expliquent qu'ils sont un peu ensemble comme l'oiseau-mouche sur le museau de l'ours. 

«Confidence: Serge écrit à la hache, laissant de gros copeaux traîner dans des textes qu'il oublie aussitôt brouillonnés. Il écrit comme un ours, renversant tout et ne ramassant rien. Moi, je suis un peu son contraire. Je suis littéraire, minimaliste. Serge me donne le spectacle de l'abondance, je lui propose le théâtre du menu rien. L'oiseau-mouche sur le museau d'un ours, voilà ce que nous sommes», écrit-elle.

Selon le plan de match actuel, le tome suivant des remarquables oubliés devrait porter sur les coureurs des bois et s'intituler Ils ont couru l'Amérique. Le troisième tome, Ils ont perdu l'Amérique, devrait s'intéresser spécifiquement aux Amérindiens.

Mais Marie-Christine Lévesque ne désespère pas d'ajouter un deuxième tome sur les femmes à cette collection. En attendant, Serge Bouchard a déjà préparé une série de nouvelles émissions sur de remarquables oubliés, lesquelles seront diffusées à l'automne à la Première Chaîne de Radio-Canada. Le redresseur de torts n'a pas fini son oeuvre.

Les auteurs sont présents au Salon du livre de Québec.

Un regard sur le monde à travers les yeux d'un autochtone

11 juin 2014

Les Maoris




Le peuple



Les Maori sont des populations polynésiennes autochtones de Nouvelle-Zélande. Ils s'y seraient installés par vagues successives à partir du viiie siècle. Ils sont aujourd'hui plus de 670 0001 (environ 15 % de la population néo-zélandaise), auxquels il faut ajouter une diaspora de plus de 100 000 personnes dont une grande majorité vit en Australie.

Dans les légendes et les traditions orales, le mot distingue les êtres humains mortels des dieux et des esprits . Le mot « maori » se retrouve dans les autres langues polynésiennes comme l’hawaïen ou le marquisien, (Maoli), le tahitien (Maohi) et le māori des îles Cook, avec un sens identique. Les premiers visiteurs européens des îles de Nouvelle-Zélande (les « Pakeha » arrivés au xviiie siècle), ont mentionné le peuple qu’ils ont trouvé par des termes variés comme « indiens », « aborigènes », « natifs » ou encore « Néo-Zélandais ». C'est au contact de ces étrangers que ces populations ont commencé à se désigner d'abord sous le terme de « tangata maori » (homme ordinaire, autochtone), pour finalement ne garder que « maori ». En 1947, le « Département des Affaires indigènes » a été renommé « Département des Affaires maori », consacrant ainsi la reconnaissance de ce terme. Dans la culture maori, chaque tribu (« iwi »), chaque sous-tribu (« hapu »), chaque individu est doté d'un mana. Dans le mana, les valeurs de loyauté et de solidarité comptent davantage que les hiérarchies de rang ou de fortune.

La généalogie est la constante préoccupation des Maori, capables de décliner la liste de leurs ancêtres jusqu'au premier d'entre eux, migrant de la lointaine et mythique Hawaiki, vingt ou trente générations plus tôt.


La Légende du Kiwi



Comment le Kiwi a perdu ses ailes

Un jour, Tane-Mahuta, le dieu de l’homme et des forêts, et tous ceux qui habitent les forêts marchait dans la forêt. Il a regardé en l’air et vu que ses enfants commençaient à tomber malades, car les insectes les dévoraient. Il a parlé à son frère, Tanehokahoka, qui a appelé tous ses enfants, les oiseaux.

« Quelque chose mange mes enfants, les arbres. J’ai besoin d’un de vous pour descendre du toit de la forêt et vivre sur le plancher, de sorte que mes enfants et votre maison puissent être sauvés. Qui viendra ? »

Tous restaient tranquilles, aucun ne répondait. Alors Tanehokahoka se tourna vers le Pukeko. Mais le Pukeko a regardé vers le plancher de la forêt et a vu la terre humide et glacée, puis a frissonné.

Désepéré, Tanehokahoka se tourna vers le Pipiwharauroa. Mais le Pipiwharauroa a regardé sa famille qui avait besoin de lui pour construire son nid et se mit à frissonner.

Une grande tristesse envahit le coeur de Tanehokahoka, parce qu’il savait que si aucun de ses enfants ne descendait du toit de la forêt, non seulement son frère perdrait ses enfants les arbres, mais les oiseaux aussi n’auraient plus aucune maison.

Tanehokahoka se tourna alors vers le kiwi.

« Kiwi, est-tu prêt à descendre du toit de la forêt et à sauver tes frères ? »

Le kiwi a regardé vers le haut des arbres et a vu le soleil filtrer à travers les feuilles. Puis il a regardé la terre humide et froide, et enfin sa famille. Et il a dit : « je suis prêt à vous aider« .

Une joie immense emplit Tanehokahoka et Tane-Mahuta, parce que ce petit oiseau leur rendait de l’espoir. Mais Tane-Mahutaa estimé qu’il devrait avertir le kiwi de ce qui se produirait.

« Te rends tu compte, petit Kiwi que tu devras développer des jambes épaisses et fortes de sorte que tu puisses creuser la terre et tu perdras tes belles plumes et tes ailes colorées de sorte que tu ne puisses jamais retourner sur le toit de la forêt. Tu ne reverras jamais la lumière le jour. »

Le kiwi a jeté un dernier coup d’oeil au soleil filtrant à travers les feuilles et lui a adressé un silencieux au revoir. Puis il a regardé une dernière fois les autres oiseaux, leurs ailes et leurs plumes colorées et leurs a adressé un silencieux au revoir.

Finalement Tanehokahoka s’est adressé aux autres oiseaux et leurs a dit, Toi, Pukeko, parce que tu n’as pas voulu mouiller tes pieds, tu vivras pour toujours dans les marais.

Et toi, Pipiwharauroa, parce que tu étais trop préoccupé à ton nid, tu n’en construiras plus jamais, mais tu pondras tes oeufs dans d’autres nids d’oiseaux.

Pour toi Kiwi, en raison de ton grand sacrifice, tu deviendras le plus connu et le plus aimé de tous les oiseaux ! »

Jeux de société


Mu Torere, un jeu de plateau Maori

Le Mu Torere, jeu originaire de Nouvelle Zélande, serait le seul jeu de plateau pratiqué par les Maoris, plus particulièrement par la tribu Ngati Poru (Nord-est de l’île).

C’est le seul jeu de plateau des Maoris qui pratiquent davantage les jeux de berceau et ceux de plein air.

But du jeu


Sur le plateau figure une étoile à huit pointes, avec des cases (kewai) au bout des rayons et une case centrale (putahi). Chaque joueur a quatre pions qui se distinguent par la forme et/ou la couleur. Chez les Maoris, on traçait généralement le tableau sur le sol à l’aide d’un bâton pointu, et on utilisait comme pions des graines ou des pierres.

Le jeu paraît très facile, mais il n’en est rien et les premiers colons l’ont vite compris : beaucoup d’entre eux ont raconté dans leur journal comment ils se sont, à maintes reprises, fait battre  » à plate couture » par des joueurs maoris. Il est arrivé qu’un Maori jouant simultanément contre pas moins de dix Européens arrive encore à les battre sans problème.

Ce n’est qu’après 1850 que l’on a enregistré la première victoire d’un colon sur un Maori. Mais à cette époque, les compétences des Maoris en la matière avaient grandement diminué, et le jeu ne présentait plus que peu d’intérêt.

Composition du jeu

1 plateau de jeu
8 pions, 4 de chaque couleur
Règles

Comment jouer au Mu Torere

Il y a généralement huit cases (« kewai ») en étoile sur le plan de jeu (certaines tribus jouent avec plus de quarante cases) et il y a une case centrale ou « putahi ».
Dans le jeu à huit cases, chaque joueur a quatre pièces de jeu (le plus souvent des petites pierres de couleur différentes) qu’il dispose de son côté du jeu, dans quatre cases adjacentes.

Ensuite, chaque joueur à son tour doit bouger une de ses pièces, soit sur le « putahi », au centre, soit sur un des « kewai » contigus. Vous ne pouvez pas sauter par-dessus une autre pièce, ni en avoir plus d’une en même temps sur un « kewai » ou sur le « putahi ». Pour gagner, il faut placer ses pièces de façon à rendre l’adversaire incapable de bouger les siennes.


Les 6 points de règles à retenir

Mu Torere – Jeu de plateau maori

L’image montre la position initiale des pièces (le trou central « putahi » est vide)

Les noirs commencent et on joue à tour de rôle

On peut déplacer un pion:
d’un kewai vers le putahi, mais seulement si l’une ou les deux cases contiguës du kewai sont occupées par

un ou deux pions adverses du putahi vers un kewai d’un kewai vers un kewai adjacent

Une case ne peut accueillir qu’un seul pion à la fois

Un pion n’a pas le droit de sauter par-dessus un autre pion qu’il soit ami ou ennemi

Pour gagner il faut bloquer tous les pions adverses en sorte qu’ils se trouvent dans l’impossibilité de se déplacer

Variantes

Déplacement interdit : Il est interdit d’amener au centre (Putahi) un pion si celui-ci est « encadré » de deux pions de la même couleur que la sienne.

Ka Mate, danse guerrière des Maori

Le Ka Mate, la danse guerrière maorie que l’on voit avant chaque match de rugby aurait été composée vers 1820 par Te Rauparaha grand chef maori de l’iwi māori Ngāti Toa.
Le Ka Mate par les All Blacks
Le Ka Mate par les All Blacks
Te Rauparaha est né dans la décennie 1760 à Kawhia ou bien à Maungatautari et mort en 1849. Il demeure célèbre à la fois en tant que chef de guerre, ayant conquis une large partie de la Nouvelle-Zélande dans les années 1820 et 1830 pendant lesGuerres des mousquets, et en tant qu’auteur du légendairehaka Ka Mate.
Depuis février 2009, l’iwi Ngati Toa dont Te Rauparaha fut le chef, s’est vu reconnaître officiellement les droits de propriété intellectuelle du Ka mate. Cette reconnaissance est essentiellement symbolique, et les All Blacks ne devront ni obtenir l’autorisation des Ngati Toa, ni les payer avant d’utiliser le Ka mate lors des matchs de rugby. La mesure vise à restreindre l’emploi du Ka mate dans des publicités sans le consentement de l’iwi Ngati Toa.

Histoire du Ka Mate Maori


Alors qu’il fuyait ses ennemis de la tribu Ngati TuwharetoaTe Rauparaha se réfugia auprès de Te Wharerangi chef de la région Rotoaira et lui demanda de l’aide.
Te Whareangi, d’abord hésitant, permit finalement à Te Rauparaha de se cacher dans son kumara pit, un genre de fosse où les Maoris stockaient leurs kumaras (patates douces).
Te Rauparaha bien que caché au fond de la fosse était certain d’être découvert et tué car il pouvait entendre la tribu se rapprocher de la fosse. Il se répétait tout bas « je meurs, je meurs ».
Quand il se rendit compte que ses ennemis ne l’avaient pas trouvé, Te Rauparaha se mit à crier :
« Ka Ora, Ka Ora ! je vis, je vis ! L’homme « poilu » qui est allé chercher le soleil l’a fait briller à nouveau ! Le soleil brille »
En parlant de l’homme poilu, Te Rauparaha parlait de Te Wharerangi, qui était célèbre pour son corps très velu.
Littéralement, « upane » veut dire « marches ». Il est probable que Te Rauparaha crié « upane » à chaque marche gravie pendant son retour vers le grand soleil et la liberté. Une fois sorti de la fosse, Te Rauparahaaurait dansé son Haka de joie devant Te Wharerangi.
En définitive, le Ka Mate une danse et un chant dont les paroles ne sont pas violentes comparées à certains autres Hakas du Pacifique et notamment les Hakas des îles Tonga et Fidji qui sont beaucoup plus sanglants.
L’effet saisissant du Ka Mate vient surtout de la virilité et la hargne que mettent les danseurs pour interpréter ce chant.

Les paroles du « Ka mate »

En maori

Ringa pakia !
Uma tiraha !
Turi whatia !
Hope whai ake !
Waewae takahia kia kino !
Ka mate ! Ka mate ! Ka ora !
Ka mate ! Ka mate ! Ka ora !
Tenei te tangata puhuru huru
Nana nei i tiki mai, Whakawhiti te ra
A upane ! ka upane !
A upane ! ka upane !
Whiti te ra ! Hi !

En français

Tapez les mains contre les cuisses !
Soufflez !
Pliez les genoux !
Laissez la hanche suivre !
Tapez des pieds aussi forts que vous pouvez !
Je meurs ! je meurs ! je vis ! je vis !
Je meurs ! je meurs ! je vis ! je vis !
Voici l’homme poilu
Qui est allé chercher le soleil
Et l´a fait briller à nouveau !
Un pas ! Un autre pas !
Un pas ! Un autre pas !
Devant le soleil qui brille ! Hi !


Photo: La nature dans toute sa splendeur

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