29 août 2014

La terre du Manitou : Un poème de Logan, William E., 1859. Exploration géologique du Canada


Le Mont Tremblant 

Dans les montagnes du Nord, magnifiques entre toutes,
le mont Tremblant règne avec majesté.
Depuis le noble et vaste flanc de cette montagne,
enfoui sous des pins millénaires jamais touchés,
et drapé par le brouillard et les nuages,
le Manitou-Ewitchi domine la vie primitive.
Il demeure constamment aux aguets, et si de mauvais esprits
enfreignent les lois sacrées de la nature,
il fera trembler toute l’énorme chaîne de montagnes.
Celui qui défie ces lois
doit affronter la tempête qui dévaste son chemin,
les pruches géantes qui s’abattent sur lui, la grêle,
le tonnerre et les éclairs qui déchirent les cieux
et les torrents déchaînés qui le poursuivent
en un déferlement d’énormes pierres,
pendant que le précipice outragé le châtie sévèrement.
S’il sillonne un cours d’eau, il verra soudainement
un immense nuage lumineux, brillant comme l’argent,
survoler rapidement le lac,
faire bouillonner les vagues, l’air et le ciel
et engloutir sa nacelle dans les flots de l’éternité.
Mais, celui qui connaît les lois et les respecte
aspire le parfum du baumier,
s’abreuve aux sources limpides, glacées et festonnées de mousse,
s’enivre de l’air pur de l’aurore,
célèbre la splendeur des étendues illimitées,
se réjouit du chant d’innombrables oiseaux à l’aube,
voyage sur les eaux magiques des lacs scintillants
et vole au-delà du faîte brumeux de la montagne :
il habite la terre du Manitou.
Le Conseil des Manitous a édicté
les lois sacrées de la nature :
Ne tue point, sauf pour te défendre ou par nécessité :
tous les êtres vivants sont tes frères.
Aime la plus humble des plantes.
Respecte les arbres, dignes de vénération.
Rends grâce au Manitou de ses bienfaits.
Ne viole jamais les sanctuaires de paix.
Sois le gardien de feu, élément bénéfique mais impétueux.
Ainsi le plus doux des Indiens craint depuis lors
la montagne Tremblante,
et la vénère en murmurant la légende de Manitou-Ewitchi,
et la montagne tremble toujours quand des êtres insouciants
ne respectent pas les lois du Manitou.
Et les enfants d’Ewitchi vivent selon sa volonté
en attendant le jour de leur trépas.

Galerie des pionniers - Sir William Edmond Logan
Logan, William E., 1859. Exploration géologique du Canada

Le savoir des anciens peuples

L'arithmétique Maya




Le système mathématique des Mayas était le plus perfectionné des systèmes d'Amérique. Le calcul s'effectuait à l'aide de trois symboles seulement : le point représentait l'unité, la barre, le chiffre cinq et la coquille, le zéro. Les Mayas utilisaient diverses combinaisons de ces trois symboles pour permettre même aux gens qui n'avaient pas d'instruction d'effectuer les calculs simples dont ils avaient besoin dans l'exercice de leur profession ou pour leur commerce, et aussi pour consigner, dans leur calendrier, les événements passés et futurs. Ils avaient aussi compris la valeur du zéro, une réalisation remarquable par rapport aux autres civilisations du monde qui n'avaient pas encore à l'époque découvert ce concept.
Les Mayas utilisaient le système vicésimal pour leur numérotation - un système basé sur le chiffre 20 plutôt que sur le chiffre 10. Ainsi, au lieu de changer de colonne à 10, à 100, à 1000 puis à 10 000, comme nous le faisons, les Mayas passaient du 1 au 20, au 400, au 8000, puis au 160 000.

Les nombres mayas, y compris les dates du calendrier, étaient superposés de bas en haut, verticalement. Le chiffre 3, par exemple, était représenté à l'aide de trois points alignés horizontalement. Le chiffre 12 correspondait à deux barres superposées et surmontées de deux points alignés, et le 19, de trois barres superposées et surmontées de quatre points alignés. Les chiffres supérieurs à 19 étaient représentés à l'aide de la même séquence de symboles, sauf qu'un point était placé au-dessus de chaque groupe de 20. Ainsi, pour désigner le chiffre 32, on utilisait les symboles du 12 et l'on ajoutait au-dessus de cette séquence un point représentant un groupe additionnel de 20 unités. Ce système se reproduisait à l'infini.

L'ensemble des symboles mathématiques permettait, même aux gens privés d'instruction, d'effectuer des additions et des soustractions à des fins commerciales. Pour additionner deux chiffres, les symboles de chacun d'eux étaient disposés côte à côte puis réunis en un seul. Ainsi, deux barres et un point pour le 11 pouvaient être additionnés à une barre équivalant à cinq, ce qui donnait trois barres superposées et surmontées d'un point, soit l'équivalent du chiffre 16.
Selon les Mayas, certains chiffres étaient plus sacrés que d'autres en raison du rôle spécial qu'ils jouaient. Le 20 en faisait partie, car il correspondait au nombre de doigts et d'orteils sur lesquels les humains pouvaient compter. Le 5 représentait le nombre de doigts de la main ou du pied et le 13, le nombre total de divinités du panthéon originel. On attribuait aussi au 52 un caractère sacré puisque c'était le nombre d'années comprises dans un «faisceau», une unité semblable à celle de notre siècle. Et comme il y avait 400 dieux de la nuit, ce chiffre avait aussi une valeur sacrée.

Les Mayas utilisaient en outre les têtes des glyphes comme symboles numériques. Le chiffre 1, par exemple, porte souvent l'emblème d'une jeune déesse de la Terre, le 2, celui d'un dieu du sacrifice, et ainsi de suite. Ces symboles sont semblables à d'autres glyphes représentant des divinités, ce qui n'a pas manqué de créer une certaine confusion dans le décryptage, d'autant plus que les glyphes numériques étaient parfois des composés. Le chiffre 13, par exemple, pouvait apparaître sous forme d'une tête de glyphe représentant le 10 combiné à une tête de glyphe pour le 3. On pouvait aussi combiner les têtes de glyphes numériques avec les points, les barres et les coquilles.

L'arithmétique était une discipline suffisamment importante chez les Mayas pour figurer dans leurs œuvres d'art. Sur les peintures murales, par exemple, on reconnaît les scribes de l'arithmétique, ou les mathématiciens, aux manuscrits numérotés qu'ils portent sous le bras. Le premier de ces personnages, que l'on ait identifié sur un glyphe, était de sexe féminin.


L'astronomie



De tous les anciens calendriers du monde, ceux de la civilisation maya et des autres civilisations méso-américaines sont les plus complexes et les plus précis. Les calculs de la concordance entre les cycles mayas de 260 jours et de 365 jours donnent, dans les tropiques, des résultats presque identiques à ceux de l'année solaire actuelle, la marge d'erreur n'étant que de 19 minutes.
Un regard sur le monde à travers les yeux d'un autochtone

L'écriture hiéroglyphique


Le système d'écriture maya est considéré par les archéologues comme le plus perfectionné des systèmes de la Méso-Amérique.

Les Mayas utilisaient 800 signes individuels ou glyphes, disposés deux par deux en colonnes se lisant de gauche à droite et de haut en bas. Les glyphes mayas représentaient des mots ou des syllabes se combinant pour désigner n'importe quel concept : un nombre, une période de temps, un membre de la royauté - par son nom ou son titre - un événement survenu au cours de la dynastie, un dieu, un scribe, un sculpteur, un objet, un édifice, une place ou un mets. Les inscriptions hiéroglyphiques étaient soit gravées dans la pierre ou le bois sur des monuments et des œuvres architecturales, soit peints sur du papier, des murs de plâtre ou des objets en céramique.


    

Les anciennes cités mayas


Les cités mayas formaient, avec leur arrière-pays agricole, des centres administratifs et rituels. Les grandes cités mayas étaient très populeuses. Au centre même de Tikal par exemple, se dressaient sur 15,6 kilomètres carrés, quelque 10 000 bâtiments, allant des temples-pyramides aux huttes à toit de chaume. On évalue la population de Tikal à plus de 60 000 habitants, une densité beaucoup plus forte que celle d'une ville moyenne d'Europe ou d'Amérique à la même époque.
Une ville maya de la période classique consistait habituellement en une série de plates-formes stratifiées surmontées de structures de maçonnerie qui pouvaient aussi bien être de grands temples-pyramides et des palais que de simples maisons individuelles. Autour de ces structures étaient aménagées de vastes cours ou esplanades. L'architecture maya se caractérisait par l'abondance des sculptures en bas relief et des peintures murales ornant les édifices, qui dénotaient un sens aigu de l'art et de la décoration. Dans les grandes cités comme Tikal, des routes ou des chemins en pierre reliaient parfois les édifices imposants et les grands ensembles entre eux.
 
    Le plus impressionnant des sites mayas est probablement celui de Tikal, au Guatemala. Sur ces photographies, on voit les édifices qui entourent la Grande Place : le temple de Jaguar géant (à droite, circa 700 apr. J.-C.), le temple des Masques (circa 699 apr. J.-C.) et l'Acropole nord. La tombe d'un grand prêtre, enterré avec des centaines d'offrandes, en l'occurrence des vases, du jade, etc., se trouve au cœur du temple de Jaguar géant. Le lieu de culte au haut de l'édifice se trouve au faîte d'une pyramide à neuf paliers.

L’ours orgueilleux

castor01Dans un barrage de castors, il y avait un petit castor qui paraissait bien. Il était très beau et très intelligent. Le chaman lui propose un jour d’aller chez les humains, simplement pour leur rendre visite.
Pas question, de répondre dit en riant le petit castor bien joli. Me voyez-vous chez les humains ? Ils me tueraient pour me faire cuire sur la braise et me manger en skikupuam.
Devant le refus déterminé du petit castor, le chaman demande à un gros ours, réputé par son courage incomparable, d’aller chez les humains. Sans aucune hésitation, le gros ours accepte. Arrivé chez les humains, l’ours est rapidement capturé et attaché à un arbre. Voyant les humains s’activer à la préparation de sa mise à mort, vantant la belle fourrure de leur victime, il prend son courage pour se libérer. Par sa grande force, il réussit à se libérer et s’enfuit dans la forêt, se promettant de ne plus jamais revenir chez les humains.
ours01
Son orgueil avait failli lui coûter la vie en voulant prouver aux siens qu’il était le plus fort, le plus courageux et le plus brave.
« Ce qui veut dire que la vantardise ne donne pas de force à ceux qui n’en ont pas. »
Albert Jourdain

Kauitatikurnat

Quand les caribous reviennent, ils ne sont plus que deux.
̶      Tu vois, dit l’un deux, je les avais prévenus qu’ils se feraient tuer.  Et maintenant nous ne serons jamais tranquilles…
Que les femelles caribous se mettent en rang ! ordonne-t-il.
Après qu’elles se soient placées comme il l’a demandé, il leur lance tous les sexes des caribous et, de nouveau, ils se retrouvent le même nombre qu’ils étaient avant.
̶      Nous avons été tués déjà, dit-il.
Le lendemain Kauitatikurnat va voir les loups.  Il les entend déjà hurler.  Quand il arrive sur la neige durcie, le bruit de ses pas faits shpah… shpah… shpah…
̶      Écoutez, dit l’un des loups, il n’a que deux pattes.  Il va nous tuer.  C’est le genre à tout anéantir sur son passage.
loup
Kauitatikurnat arrive de nouveau à un endroit où la neige est durcie par le vent et le froid… shpah… shpah…shpah… shpah…  C’est lui fait ce bruit.
̶      Le voilà ! disent les loups.
Il se dirige vers eux.  Sa tête est grosse, elle est surmontée d’une cime d’arbre qui a l’air de vouloir tomber.
̶      Si je criais, ça tomberait sûrement, dit un des loups.
Alors ils se précipitent vers lui, l’appelant et criant si bien qu’à un moment donné sa coiffure est sur le point de tomber.
̶      S’il court encore un peu, cela dégringolera probablement.
Et en effet, lorsque Kauitatikurnat arrive près d’eux, sa coiffure tombe presque.  Au moment où elle tombe pour de bon il est tout près d’eux et c’est alors qu’il décoche ses flèches sur eux tous.  Bientôt il ne reste plus que deux loups.
̶      Bon, c’est assez, tu nous as déjà presque tous tués, dit l’un d’eux.
À ces mots, Kauitatikurnat cesse de leur tirer dessus.
̶      Convenons, dit le loup, qu’à l’avenir, lorsque nous chercherons à tuer, nous crierons.  L’Indien de l’avenir pourra se fier à notre hurlement.  Et lorsqu’il cherchera lui-même sa nourriture, nous lui laisserons sa proie, nous ne l’importunerons pas.
queue-loup
Après ces paroles, Kauitatikurnat enlève la queue de tous les loups morts.  Puis il rentre chez les siens.  Il accroche les queues au bout de son arc et les met sur son épaule.  En arrivant il annonce :
̶      J’ai tué ceux qui avaient tué ton père.
̶      N’en as-tu pas trop tué ? lui est-il demandé.
̶      Non, dit-il, je ne les ai pas décimés, il en reste encore deux.  Je leur ai enlevé leurs queues une par une.
̶      Et tu ne les a pas apportées ?
̶      Si, je les ai, elles sont accrochées à mon arc.  Et il montre les queues des loups.
̶      Bon, on va se faire beaux, dit-il au caribou qui comme lui, n’a pas de panache.
̶      C’est moi qui commence ! de dire celui-ci.  Il fixe la queue d’un loup derrière sa cuisse et il se met à courir.
̶      Tu n’es pas très élégant ainsi, lui dit Kauitatikurnat.
̶      L’autre essaye la queue autour de son cou et court un peu.
̶      Comme cela non plus !
À chaque nouvelle tentative du caribou pour se faire beau :
̶      Non, ça ne marche encore pas !
Finalement il met la queue devant sa gorge.  Il court un peu sous les yeux de Kauitatikurnat, tenant la queue bien serrée contre sa gorge.
̶      Oui, c’est bien ça, c’est ainsi que vous la porterez, dit ce dernier.
Par Pierre CourtoisEnregistré par Agnès UapistanTranscrit par Pipin BaconTirée du livre ATANUTSHE, NIMUSHUM édité par Pipin Bacon et Sylvie Vincent

1533 Assassinat de l'empereur inca Atahualpa


Arrestation d'Atahualpa
http://www.adonde.com/historia/1532_captura_atahualpa.htm


Au moyen d'une rencontre pour la paix, Francisco Pizarro invite le 16 novembre 1532 l'empereur Atahualpa ainsi que toute la tribu à une fête. Il fait prisonnier l'empereur et massacre un grand nombre de ses sujets.

Emprisonné, Atahualpa offre une immence rançon en or pour sa remise en liberté.
Après versement de la rançon, les Espagnols, ayant pris la mesure de la puissance du prince en son royaume, commencent à penser que cet homme qui a tant de prestige et d'autorité sur son peuple finira tôt ou tard par reprendre le dessus sur eux.

Le prince est condamné à être brûlé sur un bûcher. Les Espagnols qui l'estiment le supplient de se convertir auquel cas il sera garrotté et non brûlé, il accepte. L'exécution a lieu dans sa cellule le 29 août 1533. L'empire inca est anéanti.
Atahualpa
Aux yeux de nombreux habitants des pays andins, le prince Atahualpa reste une figure historique très estimée en raison de l'aspect tragique de sa capture par les Espagnols. Il est également souvent considéré comme le 13e et dernier empereur inca annoncé par la prophétie faite à l'époque de Tupac Yupanqui.

8 août 2014

Cap éternité

L’INDIEN QUI BRISA LE CAP ÉTERNITÉ

(Un chasseur réussit à détruire le dernier mauvais manitou des eaux du Saguenay)
Un soir d’été, voilà des siècles, le bon manitou des Amérindiens avait noyé tous les mauvais manitous dans le fleuve, mais il en restait encore un vivant dans les eaux du  Saguenay.  Personne ne pouvait raconter ce qu’il avait vu lorsque ce démon sortait des eaux, puisqu’on ne retrouvait plus alors qu’une barque vide :  les voyageurs avaient disparu.
canot
Un bon jour, un vieux chasseur indien qui passait en canot au pied du cap Éternité vit soudain l’eau s’agiter, et bientôt son canot, qui ne pouvait plus avancer à cause des mouvements du mauvais esprit, allait chavirer.  Comme ses aïeux lui avaient dit que, dans les moments de détresse, il fallait crier vers le père des Anciens et lui demander de l’aide, le chasseur lança un grand cri tout en s’apprêtant à dompter le monstre dont il apercevait déjà la face grimaçante.  L’animal surgit alors des profondeurs du Saguenay, et dans un bond il s’élança sur le canot.  Le chasseur se leva dans son embarcation et saisit la bête au vol en l’attrapant par la queue.  Le mauvais esprit se recourba sur lui-même, tentant de mordre les mains de l’Indien qui l’avait agrippé vigoureusement, mais le vieux chasseur réussit à parer les coups.
Au même moment, l’homme se sentit rempli d’une force magique et il lui brisa le front sur la montagne qui s’élève en bordure du Saguenay.  L’Indien s’y prit par trois fois pour assommer le mauvais manitou, et le roc se brisa en trois gigantesques échelons, soit une échancrure à chacun des coups de tête du monstre.  Il se produisit alors un éboulis de pierres et d’arbres qui s’engouffrèrent dans la rivière et enterrèrent le mauvais manitou.  L’eau se mit à bouillonner et elle demeura brouillée pendant tout l’été.
montagne
Il n’a jamais poussé d’arbres par la suite sur le sommet de cette montagne qu’on appelle le cap Trinité, et chaque fois qu’un Indien passe devant ces lieux, il jette une poignée de tabac dans les eaux pour remercier le bon manitou qui libéra son peuple.
Damase PotvinLe Tour du Saguenay, Québec, ministère de l’Agriculture, 1920,168 pages (p. 97 à 99)

1 août 2014

Napeiak


porc-epicLe soir venu Napeiak glisse en traîneau, il cherche les arbres mangés par les porcs-épics.  On ne voit de lui que son dos courbé, car il cherche les arbres que les porcs-épics ont mangés.
Le voilà qui repart avec son traîneau, il passe son temps à chercher les traces des porcs-épics.  Le soir venu, il cherche encore et encore.  On ne voit de lui que son dos courbé.
Puis il part une nouvelle fois.  Le soir quand il cherche les porcs-épics on doit voir toute la courbe que fait son dos.  Arrivé presque en haut d’une côte, il s’exclame :
̶      Qu’est-ce que c’est que ça ?  Il n’y a que des bouleaux sur l’autre rive, ce doit être un foutu bon endroit !  Rentrons maintenant, nous reviendrons demain.
Et il rentre effectivement.  Il raconte aux autres :
̶      J’ai vu un très bon emplacement sur l’autre rive, les porcs-épics doivent y être bien gras.  Il y a des bouleaux sur cette montagne, de jeunes bouleaux.  Nous irons là-bas en traîneau.
Le lendemain, il part en traîneau.  Arrivé à mi-chemin, il campe encore.  Puis il descend la côte.  Tiens, comment se fait-il que la rivière ne soit pas gelée ?  Elle est large.  À l’endroit où il se trouve, elle coule entre deux collines.
̶      C’est ici que nous traverserons, annonce-t-il.
De part et d’autre de la rivière, les épinettes poussent si près de l’eau qu’elles la touchent presque.  Il s’avance dans la rivière et, lorsqu’il peut saisir les épinettes sur l’autre rive avec sa ceinture, il les attache à celles qui poussent de ce côté-ci de la rivière.  Puis il achève sa traversée.  Quand il arrive sur l’autre berge, il voit de loin les bouleaux sur la montagne.
traineau
Après son repas, il retourne en canot vers la montagne pour y couper du bouleau.  On voit bien toute la courbe que fait son dos.  Ensuite il traverse la rivière dans l’autre sens et il rentre au campement.
̶      Maudit, dit-il aux vieilles femmes, ils sont très gras là-bas.  Partons, nous camperons en cours de route.  Nous partirons cette nuit, naturellement.  Il fera jour quand nous arriverons.
Et les voilà qui partent de nuit.  Les vieilles femmes seules ne sont pas du voyage.  Il leur a dit :
̶      Vous partirez demain, vous et les petits porcs-épics.
Arrivé à la rivière, il monte sur une épinette.  Naturellement, il marche derrière les autres qui traversent la rivière sur le pont d’épinettes.
̶      Allez-y, tenez-vous bien quand je détacherai les arbres, leur dit-il.
Quand il desserre sa ceinture, il regarde en bas et de l’autre côté de la rivière.
̶      Et nos mères alors…?  demandent les porcs-épics.
̶      Oh ! je les ai oubliées, dit-il.  Mais pourquoi y aurait-il des porcs-épics sur un côté de la rivière seulement ?  Il y en aura de chaque côté.
Il monte et descend sur les épinettes.  Ce n’est qu’après qu’il se décide à manger.
Le lendemain matin, il part en logeant la rivière.  Puis il revient par le même chemin avec les petits porcs-épics.  Quand il arrive à la colline, les épinettes sont déjà très éloignées les unes des autres.  Il se met à pleurer.  C’est à ce moment-là qu’il se décourage :
Il ne manquait plus que cela…  Puisque c’est ainsi, dit-il à ses petits enfants, vous vous tiendrez un peu partout.  Quand on verra les feuilles sortir un peu de la neige, vous vous tiendrez près des rivières où poussent les aulnes.  Quand ce sera vraiment le printemps, quand on recommencera à voir la terre, vous irez au bord des rivières.  Et là, très rapidement, on verra apparaître l’herbe, très vite ce sera l’été.  C’est à ces endroits que vous irez, leur dit-il, car autrement l’Indien de l’avenir vous décimerait.  Et les porcs-épics mâles en feront autant de l’autre côté de la rivière.  Voilà, c’est tout, dit-il à ses semblables.  Maintenant, dispersons-nous car en croissant l’homme de l’avenir pourrait nous décimer.  Il chassera le porc-épic, il en tuera un de temps à autre, tandis qu’actuellement il pourrait nous tuer tous.  Il nous aurait déjà décimés (s’il était là).  C’est pourquoi, quand la neige commencera à fondre, vous irez au bord des rivières; c’est là que vous chercherez votre nourriture.  Et puis l’automne venu, vous retournerez sur les montagnes, vous vivrez sur les hauteurs.  Et vous, dit-il aux porcs-épics enceintes, vous resterez sur ces hauteurs tandis que nous, les mâles, nous irons sur les rochers de part et d’autre des rivières.  Nous nous tiendrons aux endroits où nous pourrons commérer par l’intermédiaire du vent.  C’est grâce à lui que nous communiquerons, leur dit-il.  Au printemps, on descendra les côtes quand elles seront sèches, on se tiendra au bord des petites rivières, puis l’automne venu, mâles et femelles, on se cherchera de nouveau et on se chamaillera.
Par Pierre CourtoisEnregistré par Agnès UapistanTranscrit par Pipin BaconTirée du livre ATANUTSHE, NIMUSHUM édité par Pipin Bacon et Sylvie Vincent

Les chasseurs volants


(Chaussés de mocassins et de raquettes magiques, ils fendaient l’air.)
Edmond, qui avait passé une quarantaine d’années avec les Montagnais sur les rives de la petite rivière L’Astache, du nom d’une bonne vieille Indienne, partait avec eux chaque automne vers leurs terrains de chasse.  Parmi toutes les aventures qu’il vécut, il aimait bien raconter celle des chasseurs volants.
trappeur-raquette
Un hiver alors qu’ils avaient fini de poser leurs pièges et qu’ils voulaient explorer des lieux nouveaux dans une région éloignée, la neige était si épaisse qu’ils ne pouvaient pas marcher en raquettes pour s’y rendre.  Le chef indien décida donc de se servir de ses pouvoirs magiques.  Il se mit alors à enduire les mocassins et les raquettes des trappeurs d’une substance secrète tout en prononçant des mots magiques.  Puis de la même manière que le faisait le chef indien, tous les chasseurs s’inclinèrent profondément en direction de l’endroit où ils voulaient se rendre.  Le chef lança ensuite un cri et, en même temps, un bruit de raquettes battant la neige se fit entendre.  Tous les chasseurs s’élevèrent alors lentement vers le ciel et ils fendirent l’air aussi allègrement que le faisaient les grands oiseaux qu’ils rencontraient.
Ils voyagèrent ainsi pendant une couple d’heures lorsque le grand chef hurla un signal incompréhensible.  Aussitôt le train d’enfer ralentit doucement, puis chacun des chasseurs atterrit en douce sur la neige durcie.
Quand le printemps se fit sentir, Edmond et ses amis amérindiens enroulèrent leurs fourrures pour s’en faire des paquets qu’ils fixèrent solidement sur tout leur corps.  De la même façon qu’ils étaient venus, ils reprirent la route du ciel chaussés de leurs raquettes magiques, et ils revinrent au Saguenay.
Edmond avait-il découvert le secret qui servait à propulser les raquettes des trappeurs ?  Mais par la suite, on le vit dans le ciel, à la poursuite d’outardes, ses raquettes lui servant toujours de moyen de transport.
mocassins
Wilfrid-Hidola GirardLe pionnier : Histoire romancée de la fondation  du Lac-Saint-JeanÉditions du Phare, 1972, 236 pages (p. 45 à 48)

L’homme dans la lune


(C’est une souris qui réussit à libérer la lune d’un filet tendu par Tchakapec)
moonAu commencement du monde, il ne faisait jamais noir; la lune et le soleil brillaient côte à côte dans le ciel.  Un bon jour, Tchakapec, qui aimait beaucoup la lune, décida de se l’approprier.
Il commença par demander à sa soeur d’arracher l’un de ses cheveux et de le lui donner.  Puis il l’étira et l’étira jusqu’à ce qu’il fût assez long pour en faire un collet, comme ceux qu’il utilisait pour tendre ses pièges aux lièvres.
Tchakapec s’en alla ensuite fixer son collet au bout du chemin qui conduisait à la lune, et la lune, qui ne se méfiait pas, se prit dans son collet.  Mais aussitôt, ilse mit à faire noir, et Tchakapec, bien malheureux alla rencontrer sa soeur en pleurant, regrettant ce qu’il avait fait.
Après avoir discuté longuement avec sa soeur.  Il se rendit près d’une grande rivière et ilen rapporta un filet dans lequel iI avait capturé des poissons, des écrevisses, des loutres et des castors.  Il partit ensuite en forêt et attrapa des couleuvres, des souris, des écureuils et des insectes qu’li mit dans un sac.  Puis il se dirigea vers la lune toujours retenue par son collet, et il dit à toutes ces créatures rassemblées de déprendre la lune du collet.
Chacun des petits animaux, des poissons et des insectes tenta, l’un après l’autre, de libérer la lune, mais seule la souris qui vint la dernière réussit à ouvrir le collet.  sourisAussitôt, la lune partit prendre la place qu’elle occupe maintenant dans le ciel et elle se mit à briller et à éclairer pendant la nuit.
Cependant, avant que la lune se retire du collet ouvert par la souris, Tchakapec eut le temps de sauter dans la lune et il partit avec elle dans le ciel.  C’est sa figure souriante que l’on voit maintenant dans la lune.  Quant à la souris, elle en profita pour attraper le collet qui servirait à tresser les queues de toutes les souris sur la terre.

Frank G. SpeckMontagnais and Naskapi Tales from the Labrador PeninsulaThe Journal of American FolkloreVol. 38, No 147 (Jan. – Mar., 1925), pp. 1-32

Memekueshustsh

poissonMon grand-père Charlish quand il allait tendre ses filets de pêche dans la rivière, a souvent aperçu ceux que l’on appelait des Memekueshustsh (lutins). C’étaient des voleurs de poissons qui vidaient les filets de pêche avant que leurs propriétaires viennent les lever. Ils vivaient dans le cram du rocher voisinant les cascades qui allaient à la rivière où mon grand-père prenait ses poissons.
Dans le lac non loin des cascades, ces êtres mystérieux conduisaient un canot fait avec des roches, et ce canot, malgré sa pesanteur, ne calait pas, comme par enchantement. Souvent, mon grand-père les entendait rire et rire encore… Il les avait vus allant tout droit vers les crams toujours en riant… Les Memekueshustsh faisaient cela quand ils constataient que quelqu’un les regardait ou les suivait.
La dernière fois que mon grand-père les a observés, ils ont disparu par une grande ouverture faite dans les crams; ils portaient sur leur dos une énorme quantité de poissons. Ils venaient de faire la tournée des filets de pêche.
riviere
C’étaient des voleurs craints par tous les Montagnais des alentours et c’est pour cela qu’on les surnomme Memekueshustsh.
« Ce qui veut dire que voler son frère rend le coeur dur comme du roc. »
Henry Johnny Charlish

La chouette cendrée

hibou

Elle est installée juste en haut de la chute.  C’est elle que l’on appelle la chouette cendrée.  Elle est de la taille de cet autre animal qui ne dort pas, tu sais, celui dont on dit qu’il ne voit pas clair, celui que l’on appelle le hibou.  Elle est semblable la chouette que l’on nomme cendrée celle qui-se fait entendre parfois, celle qui parfois fait du vacarme, criant :  panep..  panep…
Quant à la chute, n’est-ce pas, on la dit très à pic.  Quand la chouette est à la tête de la chute, celle-ci fait toujours le même bruit.  Mais quand il arrive à la chouette de s’envoler plus loin, elle ne doit plus entendre la chute aussi bien.  Alors, lui adressant la parole, la chouette dit :
̶ Pour moi, tu fais exprès de me contrarier.  Quand je suis là-bas, tu ne parles pas et quand je suis pris de ta tête, tu parles.  Tu veux me contrarier, c’est sûr !
Mais il lui est répondu :
̶ Il y a longtemps que je fais ce bruit et je le ferai toujours.  Jamais tu ne pourras faire plus de bruit que moi.
C’est probablement la chute qui a parlé.  Alors la chouette cendrée lui répond :
̶ Je réussirai à te damer le pion.
Et elle se met à ramasser des souris qu’elle dépose à proximité de la chute.  Elle doit en entasser de grandes quantités pour en avoir suffisamment.  Elle se dit qu’elle n’entamera sa provision de souris qu’au moment où elle sera vraiment affamée.  Puis elle s’installe dans un arbre tout près de la tête de la chute et l’on dit qu’elle se met à ululer.  Elle ulule la nuit et le jour, elle ne dort jamais, elle ulule sans arrêt.  On dit qu’elle veut faire plus de vacarme que la chute pour que celle-ci se taise.  On raconte que son cri est beau à entendre.  Elle doit crier panep..  panep…  Voilà les sons qu’elle produit jour et nuit.
Parfois, quand elle a très faim, elle doit manger une souris.  Elle en a fait grande provision d’ailleurs avant de monter à son arbre.  Mais vient le moment où elle les ménage car il n’y en a plus beaucoup.  Ce n’est que lorsqu’elle est très affamée qu’elle se permet d’en manger une.  C’est ainsi qu’elle se comporte, ne mangeant que de temps à autre, jusqu’au moment où il ne lui reste plus que trois souris.
̶ Qu’est-ce que je vais faire, doit-elle penser, je ne réussirai pas à faire plus de bruit que la chute…
Bientôt il ne reste plus que deux souris.  Elle est perplexe.  Mais, comme elle a très faim, elle en mange encore une.
II n’en reste qu’une seule maintenant.  Mais, plus tard, affamée, elle la mange tout en se disant :
̶ C’est la dernière…
Elle n’a plus du tout de provision.  Viens le moment où, manquant de nourriture, elle tombe sur le dos, la pauvre !  La voilà qui flotte sur l’eau.
Celle qui voulait faire plus de bruit que moi, celle qui voulait surpasser la chute, la voilà qui s’en va à la dérive, doit triompher la chute. On raconte que la chouette cendrée est emportée par le courant.  Puis la chute la rejette sur la berge.  Après avoir été ainsi jetée sur le sable, elle doit finir par revenir à elle.
̶ Qu’a-t-il bien pu m’arriver ? se demande-t-elle.
Elle réfléchit, cherchant à savoir ce qui lui est arrivé.  Alors elle doit se souvenir.
̶ Mais, on dirait que je n’ai pas réussi à faire plus de bruit que la chute !
C’est ce qu’elle doit penser.  Elle doit réfléchir et se dire :
̶ J’ai dû tomber dans la chute.  Je n’ai pas réussi à lui damer le pion.  J’ai dû tomber en voulant la dépasser, voilà ce qui a dû m’arriver.  Je n’ai pas réussi à faire plus de bruit qu’elle.
chute
C’était de la chute qu’elle voulait dominer le bruit.  On raconte que la chute a dû lui dire :
̶ Jamais tu ne réussiras à faire plus de bruit que moi.
Par Christine UapistanEnregistré et transcrit par Christine UapistanTirée du livre ATANUTSHE, NIMUSHUM édité par Pipin Bacon et Sylvie Vincent

Source: http://www.tshinanu.tv/chouette-cendree/