18 septembre 2014

L'éducation autochtone au Canada — EDUC440: Réflexion d'aujourd'hui

L'éducation autochtone au Canada — EDUC440: Réflexion d'aujourd'hui

Un regard sur le monde à travers les yeux d'un autochtone

Caricatures autochtones à travers le Canada

Moi je suis un gars qui n'est pas vraiment susceptible, je fais comme mes aînés, je le prendre avec humour. C'est pourquoi je vous partage ces quelques caricatures ainsi que leur nouvelle qui à secoué le Québec et le Canada 


Aujourd'hui le 18 septembre 2014
L'avenir de l'écosse entre les mains des écossés. Une aspiration chez les Autochtones du Canada aussi  

projet d'entente de principe d'ordre général avec les Innus de Mamuitun et de Nutashkuan



Quelques centaines de membres des Premières nations ont pris d’assaut la colline parlementaire vendredi, reprochant au gouvernement de Stephen Harper de leur avoir imposé avec son dernier budget des changements environnementaux sans les consulter.
Le ton monte au sein des communautés autochtones du pays depuis quelques semaines. Il y a un an, le premier ministre entamait l’année 2012 avec un sommet réunissant à Ottawa les chefs des Premières Nations, en leur promettant un renouveau des relations avec la Couronne. Onze mois plus tard, la scène était tout autre. Tour à tour, la douzaine de chefs régionaux qui se sont adressés à la foule amassée devant le Parlement a accusé Ottawa d’agir une fois de plus de façon unilatérale, en citant les nombreux changements aux règles environnementales du dernier projet de loi budgétaire. C-45 modifie notamment la Loi sur les eaux navigables en réduisant considérablement le nombre de cours d’eau protégés d’entrave à la navigation. Les communautés autochtones dénoncent en outre que la législation modifie la Loi sur les Indiens, en changeant le mode de consultation des communautés lorsque des terres de réserves sont vendues ou louées.


Devant les pressions exercées pour que le gouverneur général David Johnston soit présent lors de la réunion de travail de vendredi entre Stephen Harper et des leaders autochtones, le premier ministre s'est arrangé pour qu'il les reçoive, mais seulement une fois que les discussions politiques seront terminées.


Le 11 décembre 2013, la cheffe crie Theresa Spence de la réserve d'Attawapiskat dans le Nord de l'Ontario entreprend une grève de la faim dans un tipi implanté sur l'île Victoria (Rivière des Outaouais), à Ottawa, pour mettre fin à l'inaction et à l'inertie caractérisant les relations entre l'État du Canada et les Premières nations établies sur les terres de la Couronne canado-britannique. Elle exige une rencontre avec le Premier ministre Stephen Harper. Ce qu'il refuse pendant 24 jours.


Le mouvement Idle No More - Jamais PLUS l'INACTION, désigne le mouvement de contestation des Premières nations, Métis et Inuits du Canada déployé en réaction à l'adoption par le gouvernement Harper d'une loi omnibus, Loi C-45, sanctionnée par le parlement canadien, qui entraîne, selon les manifestants, la violation des traités ancestraux.

La grève étudiante québécoise de 2012 désigne l'ensemble des événements, mouvement sociaux et perturbations induits par une grève étudiante générale et illimitée dans certains établissements d'enseignement supérieur québécois du 13 février au 7 septembre 2012. Cette grève étudiante, la plus longue de l'histoire du Québec, est principalement en réponse à l'augmentation projetée des droits de scolarité universitaires pour la période 2012 à 2017 dans le budget provincial 2012-2013 du gouvernement du Parti libéral de Jean Charest. L'élection du gouvernement péquiste de Pauline Marois le 4 septembre 2012 et l'annulation par décret de la hausse des frais de scolarité entraine de facto la cessation du conflit.

La grave crise du logement qui secoue la communauté autochtone d'Attawapiskat, au point de nécessiter l'assistance de la Croix-Rouge, suscite l'indignation de l'opposition à Ottawa.
La communauté de près de 2000 habitants située sur la côte ouest de la baie James vit une grave pénurie de logements qui force des dizaines de personnes à dormir dans des tentes, des cabanes en bois non isolées et des roulottes de chantier abandonnées, sans eau potable ni électricité. Le conseil de bande a déclaré l'état d'urgence, et le Nouveau Parti démocratique décrie la situation depuis des semaines.

400e anniversaire de Québec

Nation-hôte

La nation amérindienne huronne-wendat basée à Wendake, un territoire huron enclavé dans la ville de Québec, a été considérée comme la nation-hôtesse des fêtes du 400e anniversaire de Québec17. Le chef Max Gros-Louis a participé à différents spectacles dont le Coup d'envoi du 31 décembre 200718. Les Wendat ont célébré l'ouverture de l'Hôtel-Musée de Wendake pour le 400e anniversaire de Québec, le 7 mars 2008. En raison du 400e, l'Assemblée des Premières Nations du Canada s'est tenue à Wendake en 2008. Diverses présentations et conférences sur la culture autochtone ont eu lieu à l'Espace 400e. Enfin, un spectacle à grand déploiement basé sur la culture Wendat, Kiugwe a été présenté à Wendake pour la première fois tout au long de l'été 2008.


Les centaines de milliers de Métis canadiens sont bien des « Indiens » au sens de la Constitution, mais pas d'office les Indiens non inscrits, a tranché la Cour d'appel fédérale.
Depuis 1999, le Congrès des peuples autochtones et d'autres plaignants plaident devant la Cour que les Métis et les Indiens sans statut sont exposés à de la discrimination, car traités comme des Non-Autochtones, ils n'ont pas droit à des réserves, à un avantage fiscal, à des terres ancestrales, ou à des programmes sociaux automatiquement financés par le fédéral. Dans une décision unanime, les trois juges de la Cour d'appel reconnaissent que les Métis sont un peuple autochtone distinct, que la Loi constitutionnelle de 1867 désigne aussi dans son paragraphe 91(24), quand elle stipule que le gouvernement fédéral a compétence sur « les Indiens et les terres réservées pour les Indiens. »

Les magistrats estiment aussi que déclarer « Indiens au sens de la loi » les Autochtones inadmissibles à ce statut serait « redondant et dépourvu d'utilité pratique ». S'ils ne sont pas inscrits au Registre des Indiens, c'est parce que les raisons sont « complexes, variées et souvent indépendantes les unes des autres ». Il faut donc analyser les motifs d'exclusion au cas par cas, estime le tribunal.

Quant à la question de savoir si le gouvernement a une obligation fiduciaire envers les Métis et les Indiens non-inscrits, qui leur conférerait les mêmes droits à certains services qu'aux autres Autochtones, les juges rappellent plutôt qu'Ottawa a une « relation fiduciaire ». Celle-ci, note la cour, engage l'honneur du gouvernement, comme l'a statué la Cour suprême du Canada en mars 2013, dans une autre cause.






Les barricades érigées sur la route 138 par des membres de la communauté innue de Uashat-Maliotenam, à cinq kilomètres à l’ouest de Sept-Îles, sur la Côte-Nord, ont été démantelées, mardi.
L’intervention de la Sûreté du Québec (SQ) a débuté vers 11 heures et la vingtaine de manifestants qui se trouvaient sur les lieux ont collaboré, a expliqué une porte-parole de la SQ, Nathalie Girard. Les autorités ne rapportaient aucune arrestation.
Dans la nuit de dimanche à lundi, une dizaine d’Innus s’étaient installés devant des barricades composées d’épinettes et de débris.
Les manifestants réclamaient une écoute de la part du gouvernement Marois, mais leurs revendications ne sont pas clairement exprimées.


Selon certains, ils dénonçaient le Plan Nord instauré par le gouvernement précédent et craignaient pour l’avenir de leurs enfants devant l’exploitation des ressources naturelles et les bouleversements sociaux que le développement économique entraîne.

Le Conseil des Innus de Uashat-Maliotenam s’est dissocié de ce mouvement de contestation.
Il ne se dit toutefois pas surpris de ce débordement de colère de la part de sa communauté relativement aux relations entre les gouvernements du Québec et du Canada avec les Autochtones.

La route 138 est l’unique lien terrestre qui relie les municipalités de la Côte-Nord, le long du littoral.



Depuis quelque temps les relations entre Mohawks et Québécois blancs sont tendues à Oka. Des conflits s'éternisent au sujet du zonage et de la construction. La ville veut faire respecter ses règlements sur tous les terrains à Oka mais les Mohawks n'acceptent pas sa juridiction. Un projet s'organise pour construire un centre de désintoxication pour autochtones et un groupe de citoyens s'y opposant se mobilisent. Plusieurs interventions policières d'envergure ont aussi lieu dans les communautés mohawks dans l'année avant la crise. La tension monte lorsque le maire de la ville d'Oka, Jean Ouellette, décide d'accorder un permis à un promoteur québécois afin d'agrandir un terrain de golf et de réaliser un projet domiciliaire1. Auparavant, le gouvernement canadien, tuteur des Amérindiens, avait empêché les Mohawks de conclure une entente pour acheter ce terrain.


Un peu d'humour autochtone !






17 septembre 2014

Interconnexion entre la courge et la coccinelle

« Vous arrivez devant la nature avec des théories, la nature flanque tout par terre.  »

de Pierre-Auguste Renoir


Depuis 1981, on sait de quelle manière les végétaux communiquent entre eux pour se prévenir d’une attaque de parasites ou de prédateurs, et on a découvert leur système de défense et Végétaux .
Mais, presque aussitôt, la riposte des herbivores a été mise en évidence grâce à Epilachna undecimnotata. Plus connue sous le nom de coccinelle des courges. Cet insecte phytophage qui vit principalement au Mexique a posé aux zoologues un problème longtemps insoluble. On ne comprenait rien à ses habitudes alimentaires. Un rituel d’une complexité inouïe, accompli aussi bien par les sujets adultes que par leurs larves

Résidant habituellement sur des plants de courges, la coccinelle commence sa journée en creusant une tranchée circulaire dans les feuilles, de sorte que celles-ci ne soient plus reliées à la tige que par quelques points d’attache. Puis elle attend dix minutes, avant d’entamer son repas foliaire qui va durer deux heures. Le lendemain matin, elle recommence son travail de découpe sur son plat favori, mais à six mètres de distance.

Ce sont les botanistes qui ont fini par donner aux zoologues la clé de l’énigme. Pour se protéger de sa redoutable consommatrice, la courge attaquée se défend en rendant ses feuilles toxiques, par un enrichissement significatif de ses tanins. La coccinelle meurt empoisonnée dix minutes après le début de son repas, sauf si elle empêche la circulation de l’information dans la sève. C’est pourquoi elle isole de son environnement foliaire immédiat la partie qu’elle se propose d’ingérer. Le crénelage et les dentelures qu’elle effectue aux abords de la tige sont donc un véritable système de brouillage.Une procédure de déconnexion qui met dix minutes à devenir opérationnelle. Après quoi la plante, pour ainsi dire victime d’une anesthésie locale, ne sait plus qu’on lui mange sa feuille. Mais pourquoi, le lendemain, le repas de la coccinelle se déroule-t-il toujours sur une courge éloignée de six mètres ?

Tout simplement parce que l’information des feuilles détruites a fini par être perçue, et que la cucurbitacée a aussitôt réagi par deux moyens de représailles : l’empoisonnement de toutes
ses feuilles et l’envoi d’un message d’alerte à ses congénères, qui se rendent aussitôt pareillement toxiques. Un message chimique gazeux émis à une distance inférieure à… six mètres

Ainsi la télépathie végétale a-t-elle été vaincue par un insecte végétarien capable d’analyser, de calculer, d’anticiper et de neutraliser la contre-attaque de son adversaire. Une
interconnexion aussi subtile que celle des joueurs d’échecs. L’étape suivante ? Dans la logique de l’évolution, ce sera sans doute, pour la courge, un allongement de la distance de
diffusion de son message. Et, pour la coccinelle, l’augmentation proportionnelle du trajet qu’elle effectue d’un repas à l’autre.

1. Rémi Coutin, « Les coccinelles phytophages », in
Insectes, n
o 146, 2007.

16 septembre 2014

Ma vision d'hier à aujourd'hui



Aujourd'hui,  j'ai pu faire une séance de spiritisme comme je le faisait dans le temps avec mon beau-frère dans le lieu de mon travail. Souvent, dans la majorité des réunions officielles des organismes autochtones au Québec, tous débute par un prière de la manière catholique ou de façon traditionnelle comme celle que j'ai pu assister aujourd'hui.  Dans mes souvenirs, je me demandais ce qui fabriqué tous ces gens en cercle tout en étant solennels des gestes posés pas leur hôte. Assise sur leur tapis et ils écoutaient religieusement les conseils sur l'importance de la terre  imprégnées de ces créatures. Cette personne envoya de la fumé vers ces gens avec une plume tout en évoquant les 4 directions de la rose des vents. J'avais 10 ans à l'époque, je ne voyais pas encore toute cette importance de croire en un créateur , Dieu, allah ou bouddha. Ceci fit surgir des souvenirs sur mes propres principes accumulés par le savoir de mon histoire en tant qu'autochtone. Je me demandais pourquoi cette séance m'avait un peu ému aujourd'hui tout en remuant le pourquoi du comment  .

Mes débuts

Société de communication atikamekw montagnais - Tepatcimo - TipatcimoDepuis que je travaille pour  le réseau de la radio autochtone, Je redécouvre ma propre culture. Surtout, le trésor qu'est le partage des connaissances, par la passion jusqu'à la protection de la culture des personnes qui croient en leur frère, leur Nation ou leur principes de vie les plus basiques qu'un être humain peu ressentir ou ce qui peut croire par rapport à leur vécu. Ce qui m'a permis de resté au sein de la station depuis plus de 7 ans. J'apprends  à chaque jours sur les débats et les enjeux des autochtones vivants ici ou partout dans le monde. Le mécanisme qui donne un certaine responsabilité à resté et à me donner le meilleur de soi-même quand on est en onde dans ce moment de tourment .

J'ai un aveux à vous faire, j'ai jamais écouté la station Radio au je travaille à l'époque. Surtout à cette âge, il parlait de politique ,d'enjeux sociaux ,d' économique ou de santé, ceci ne ma pas intéressé pas à l'époque. J'avais environ 25 ans. Le plus difficile, c'était de comprendre les autre dialectes des autre communautés qui n'étais pas du tout familier à mon oreille. Je perdis vite l'intérêt. Ça doit être le cas pour la majorité des gens qui nous écoute en ce moment dans cette tranche d'age ...

Aujourd'hui, je me rends compte qu'il y a eu beaucoup impacte dans ma vie dans mes décisions. J'ai appris le mécanisme de Vie de chacune des communautés . Les autochtones, de partout dans le monde ,combattent pour la même cause depuis la colonisation des terres vierges habités par des personnes qui ont fait un avec la nature dans un harmonie inébranlable depuis plus de 10 000 ans.

La colère

Mais il y a une chose qui ma profondément troublé, un éveil de colère au fond de moi. Le fais qu'on n'a perdu notre sens du spiritisme , nos prières fait au créateur au détriment de la religion catholique. Tout ces 10 000 de savoir anéantis pendant les années entre la colonisation jusqu' au plus fort des années 1900 . Le clergé du Québec été à son apogée de son pouvoir décisionnelle aux seins de la société québécoise. Il a prit l'emprise dans les réserves autochtones en faisant un lavage de cerveau aux autochtones de l'époque Surtout, avec la création des pensionnats , mettant au gouffre notre culture, notre savoir de même que notre avenir.

Un exemple ?

Ma mère me raconta comment se passait , si par exemple , une femme ayant un enfant avant le mariage  , d'une haute impudence ecclésiastique à l'époque, le prêtre punissait et humiliait la pécheresse  en se mettant à genoux au beau milieu de l'église au regard de tous. Cette inculcation vu le jour chez les Innus vers les années 50 dans mon village selon ma mère. Avec le peu de connaissance sur monde qui leur entourés, voir ce genre de chose tout en passant que les innus été des nomades, donc peu de comportement social entre eux , été un choc pour eux. Ce sont ce genre l'histoire,de même que les pensionnats indiens ,  qui me fit carrément renier la foi du christianisme. Ce n'est pas le dogme qui m'a fait de moi une personne qui est furieux  contre son dieu. Mais les gens qui utilise le nom de dieu pour leur propre raison et croyance personnelle en leur patrie ou à leur foi personnelle. J'ai toujours cru a ses paroles profondes cité à chaque 7 heures sous les ondes de la radio communautaire, mais son histoire , je ne peux y croire.Quelques part , il manque des choses essentiels que les autochtones avaient comme savoir et qu'on ne peu pas expliqué avec un livre de 540 pages avec des exemples de geste d'un seul homme. L'être humain est bien plus complexe que ça. Il vit autour d'un environnement complexe. Nous vivons pas au cieux mais un endroit appelé Terre.  Les histoires son facilement falsifiable ! mais les paroles qui vont droit au coeur à sa propre vérité qui est difficilement déformable.Même à travers les siècles

Aujourd'hui

Les aînés de mon village sont très pieux envers la religion catholique. Tellement que , dès que je me met à contredire ou dire simplement les récents développements ce qui attrait aux recherches et nouvelle découverte sur la possibilité de l'inexistence de jésus ou sur la déformation de son histoire. On n'a tout de suite une réponse très défensive, c'est impossible de débattre dans la majorité des cas avec un aîné. Comme si touché ce sujet été tellement tabou comme celle de la pédophilie qui sévisse dans plusieurs village à travers le Canada. C'est la que je me rends compte que les prêtres ont fait de l'excellent travaille dans la mission de conquérir non celle du territoire. Mais celle de notre propre foi.

C'est facile de trompé l'Innocences. Mais tout comme un enfant qui grandit, l'adulte se fera entendre !


Je suis très fier d'être innu et d'avoir la chance de pratiquer cette séance spirituelle. Ça éveillé en moi que je suis un être unique et maître de son destin dans cette époque d'incertitude.

Nil Augustin Desterres



15 septembre 2014

La stratégie de l'indicator

alt=Description de cette image, également commentée ci-aprèsSévissant principalement en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est,  indicator est un oiseau esclavagiste dont les êtres humains constituent la main-d’œuvre préférée. Mais il lui a fallu beaucoup de temps pour les apprivoiser, pour se faire obéir de ces bipèdes pas très futés qui ne comprenaient pas le bénéfice qu’ils pouvaient tirerde leur association.

Au départ, cet oiseau était considéré comme nuisible. Les hommes le caillassaient. Surtout les prêtres, parce qu’il dérobait les cierges dans les églises. En effet, ce petit volatile noir insignifiant (quinze centimètres de long, plumage terne et bec court, pondant ses œufs dans le nid des autres espèces à la manière des coucous) a une propriété rarissime. Grâce à une bactérie de son estomac, il digère la cire dont il fait son ordinaire. Mais il raffole encore plus des larves d’abeille.

Problème : il lui est impossible d’aller piller les ruches, la moindre piqûre lui étant fatale. C’est ainsi qu’il a eu l’idée de se servir de l’homme.

Quand il repère une ruche sauvage dans la forêt ou la steppe, l’indicator fonce vers un associé potentiel, et se livre alors à un véritable harcèlement. Loopings, chant lancinant, contorsions évoquant la danse du ventre. Lorsqu’il a réussi àcapter son attention, il lui fait littéralement signe de le suivre, voletant dans une direction précise, revenant le chercher, lui montrant le chemin, le becquetant quand il traîne. Le but est de l’emmener jusqu’à la ruche convoitée. Alors, tandis que l’homme enfume les abeilles pour les éloigner et s’emparer du miel, l’indic à plumes s’attaque aux gâteaux de cire et picore les larves à l’intérieur des alvéoles. Chacun des partenaires y trouve son compte. Au Kenya, la tribu des Boran partage carrément son territoire avec cet éclaireur divinisé, qu’elle appelle quand elle a besoin de miel. Elle imite son chant, et on assiste alors entre eux à un véritable dialogue musical

Ce qui pose problème, dans ce bel exemple de mutualisme, c’est que le comportement invariable d’Indicator
indicator envers l’être humain ne relève pas de l’acquis.

Rappelons que cet oiseau n’est pas élevé par ses parents, qui le pondent dans le nid d’autres espèces, dont il n’adoptera jamais les habitudes alimentaires par imitation. Véritable casse-tête pour les ornithologues, qui sont bel et bien confrontés à un  « comportement inné qui prévoit l’avenir », pour reprendre la formule de Rémy Chauvin. C’est un fait : dès que l’oisillon informateur est en âge de voler, il fonce à la recherche d’un
allié contre les abeilles.

Quand il ne trouve pas d’humains disponibles, il s’adresse au ratel, un petit carnivore teigneux à la peau si dure qu’il estinsensible aux piqûres d’hyménoptères associé alimentaire, lui aussi. Ses griffes acérées lui permettent d’ouvrir les ruches sans peine, et il ne s’intéresse qu’au miel. Mais il ne dispose pas d’enfumoir pour éviter à son partenaire volant de se faire piquer. D’où la supériorité de l’homme sur le ratel.

Hélas, on le sait, l’homme est feignant. Il fait la sieste, il fait l’amour, il fait la guerre, il n’a pas toujours envie de miel. Et quand la ruche débusquée par son indic est trop haute dans un arbre, il déclare forfait. Alors, parfois, l’oiseau perd patience. Quand son chasseur de miel lui refuse plusieurs butins de suite, et qu’il n’en a pas repéré de plus accessible dans le périmètre, il conduit son esclave indocile jusqu’à un crocodile ou une lionne affamée. Et il revient, deux jours plus tard, boulotter les asticots dans ce qu’il reste du cadavre

Cette manière assez anthropomorphique de rompre le contrat de confiance, lorsque l’associé n’est pas à la hauteur, n’empêche pas les pygmées Baka, grands chasseurs de miel du  Cameroun, de vénérer l’oiseau indicateur comportement normal d’un dieu vivant réclamant, de temps en temps, un sacrifice humain. Si le pygmée est évangélisé, il allumera un cierge pour diriger ses prières vers l’oiseau. Et il l’éteindra avant de le lui offrir comme amuse-bec. Ainsi les indicatoridés demeurent-ils une espèce en voie d’expansion. Leur seul problème est le syndrome d’effondrement des colonies qui, sur toute la planète, diminue à une cadence effrayante le nombre des abeilles. Nul ne songerait, en l’occurrence, à imputer un tel génocide aux
oiseaux friands de leurs larves – hormis les véritables coupables, ces fabricants d’insecticides toujours prompts à  transformer leurs victimes en suspects.

wikipedia

l'abeille répond à toutes les questions que se pose ...

l'Homme...

Gros buzz

Publié le 

François et Pierre-Henri Tavoillot

François Tavoillot a fait des études de philosophie. Il est apiculteur professionnel en Haute-Loire, à la Miellerie du Trifoulou.
Pierre-Henri Tavoillot est maître de conférences à la Sorbonne et président du Collège de Philosophie. Il vient de publier Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité (Grasset, 2011).
Ils préparent ensemble un ouvrage sur L’abeille (et le) philosophe.

Bien que menacées par les frelons asiatiques, les abeilles ne sont pas encore en voie d'extinction. Fort heureusement, car les hommes ont besoin d'elles pour comprendre leur environnement politique...
«Le jour où l’abeille disparaîtra, l’humanité n’en aura plus que pour trois ans ». Voilà ce qu’aurait annoncé Albert Einstein à la fin de sa vie. Peu importe que cette fameuse prophétie soit très probablement un faux, le succès de cette rumeur citée à tout propos suffit à montrer que l’abeille n’est pas un insecte, ni même un animal comme un autre. Aucun, d’ailleurs, ne fait aussi régulièrement la Une des journaux, aucun ne fait l’objet d’autant de sollicitude, et pourtant l'abeille n'est sûrement pas encore l'espèce la plus menacée parmi toutes celles qui sont en péril.
Les causes possibles de cette surmortalité sont nombreuses : la colonisation de la quasi totalité de la planète, il y a une vingtaine d'années, par Varroa Destructorcet acarien venu d'Asie, qui se nourrit de l'hémolymphe de l'abeille et effectue son cycle reproductif à l'intérieur du couvain de la ruche ; l'utilisation massives de pesticides ; l'importation d'abeilles étrangères qui contribue à l'appauvrissement génétique des races locales et à la diffusion planétaire de virus, mycoses et autres bactéries ; la perte de la diversité des espèces florales et, plus récemment, l'arrivée du frelon asiatique.
Toutes ces causes pouvant s'additionner, et amplifier leurs effets. Il est aussi frappant de constater que leur inventaire offre un condensé impressionnant de peurs et d'angoisses qui terrifient nos sociétés contemporaines.
Cela révèle une chose : l’abeille est perçue comme une sorte de miroir de l’humanité et comme le baromètre de son destin. Et ce n’est pas nouveau : les penseurs de toutes époques et civilisations ont cherché dans la ruche les secrets de la nature et les mystères de la culture. Cet animal fabuleux - c’est-à-dire, au sens strict, propre à la fable - a toujours fourni, depuis la nuit des temps, à la fois un modèle et un emblème pour l’homme, qui a quêté dans l’étrange cité apicole des réponses à toutes ses questions. Petit florilège…

L’abeille écolo… ou comment conserver l’équilibre nature / culture ?

Si l’abeille a des leçons à donner, c’est qu’elle-même se situe à la charnière troublante des deux ordres. Prenons le miel : c’est un produit mi-cultivé mi-sauvage ; le plus naturel des produits de la culture (il peut être consommé sans transformation), mais aussi le plus culturel des produits de la nature (à l’inverse de la plupart d’entre eux, il ne pourrit pas !).
De même, la ruche : elle est, d’un côté, un ordre spontané qui ne connaît ni les troubles de l’histoire ni les affres de la liberté ; mais, d’un autre côté, elle ressemble pourtant à s’y méprendre aux organisations économico-socio-politiques les plus sophistiquées.
Quant à l’abeille elle-même, c’est, dit le prophète Ezechiel, « un animal tout petit, mais [dont les] œuvres sont immenses » ; son comportement atteint pour beaucoup les sommets les plus sublimes de la raison (géomètre génial pour les hommes des Lumières), de la vertu (épouse idéale pour les Anciens) et de la sagesse (puisqu’elle n’a pas besoin de philosophie). Elle reste sauvage à l’état domestique (sa piqûre est redoutable), et domestique à l’état sauvage (elle produit le miel même sans apiculture). On comprend que la mythologie et la philosophie aient pu faire un usage immodéré de cette abeille ambiguë. Si proche et si lointaine de l’humaine condition, elle incarne l’équilibre et l’harmonie du monde, le secret de ses origines et la clé de sa pérennité.

L’abeille politique… ou comment organiser la cité ?

La ruche a aussi fasciné par son organisation. D’apparence monarchique (même si le sexe des reines a fait l’objet d’un très long débat), elle sert de modèle aux monastères médiévaux et d’emblème à l’Empire, car, selon Cambacérès, conseiller « com' » de Bonaparte, « elle offre l’image d’une République qui a un chef ».
Mais le plus surprenant est qu’elle sera recrutée aussi bien par les anarchistes que par les libéraux. Proudhon y verra le symbole d’une organisation coopérative parfaite, où la coercition a été définitivement éradiquée ; Marx la comparera à l’architecte pour montrer la spécificité du travail humain. Mais, bien avant eux, l’anglais Bernard Mandeville écrivait la fameuse Fable des abeilles (1705), texte fondateur du libéralisme, dont le sous-titre est en soi un programme : les vices privés font le bien commun. Par où l’auteur entendait montrer que la prospérité d’une nation vient rarement de ses qualités morales …

L’abeille économiste… ou comment penser le capitalisme?

Il y a un exemple tout récent de l’usage de l’abeille. Dans son (autre) appel du 22 mars (en 2010), Daniel Cohn-Bendit comparait l’action politique à venir au travail de la ruche : « J’imagine une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde d’autres parties du corps social avec ces idées ».
La métaphore lui venait de son conseiller et ami, l’économiste Yann Moulier-Boutang (L’abeille et l’économiste, éd. Nord, 2010) qui se sert de notre insecte pour penser une nouvelle forme de capitalisme : le capitalisme cognitif, dont Google serait, selon lui, le modèle. Il est fondé sur le développement maîtrisé des réseaux d’intelligence collective. Alors que nous croyons utiliser Google pour rechercher de l’information, c’est en réalité Google qui nous utilise afin de hiérarchiser les contenus grâce à nos clics, qui sont autant de votes. Leur accumulation produit une richesse informationnelle inestimable. Nous serions ainsi exactement dans la situation des abeilles qui, cherchant à produire le miel pour elles-mêmes, favorisent en fait la pollinisation générale et la prospérité de la production florale et fruitière. Et on pourrait multiplier les exemples, en parlant du buzz sur internet (mot qui vient du bruit de l’abeille), des modèles d’organisation en entreprises, etc.  
Bref, d’Hésiode à Marx, d’Aristote à Mandeville, de Virgile à Proudhon, de Saint Augustin à… Cohn-Bendit, l’abeille n’en finit de nous fournir ses leçons de morale, de politique et de sagesse… Située à de multiples carrefours (animal/végétal, totalité/parties, nature/culture, sauvage/domestique, science/technique, ancien/moderne, technique (nature à maîtriser)/poésie (nature à chanter), elle est le symbole du grand débat de notre siècle : celui du rapport de l'homme à la nature. Jadis l'homme était fini et tout petit par rapport à la nature infinie ; aujourd'hui, l'homme, qui prétendait à l'infini, prend d'autant plus conscience de sa finitude qu'il perçoit celle de la nature. Le spectre de la fin des abeilles le renvoie à l'angoisse de sa propre disparition. Pour qui se pique de philosophie, le monde de la ruche est décidément un beau et vaste sujet…

Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/abeille-repond-toutes-questions-que-se-pose-homme-francois-tavoillot-pierre-henri-tavoillot-226845.html#jWJ6HStkdp7ItsAC.99

Francis Hallé : l'arbre peut devenir immortel ? çà fait peur


GRAND ENTRETIEN | Selon le botaniste Francis Hallé, les plantes ne “végètent” pas, elles sont même plus évoluées que nous. Les connaître et les comprendre est fondamental pour arrêter le massacre des dernières forêts primaires.
Le 
Propos recueillis par Weronika Zarachowicz - Télérama n° 3066
Francis Hallé
Francis Hallé - Photo : Jérome Bonnet pour Télérama
Assurément, il y a du Jules Verne chez ce botaniste-là. Parce qu'il avait l'intuition que « tout se passe là-haut », Francis Hallé a exploré la canopée tropicale – étage supérieur de la forêt – sur une étrange plate-forme gonflable, le Radeau des cimes. Une aventure humaine et scientifique hors norme qui a bouleversé notre connaissance du genre végétal, et qui continue, depuis, son bonhomme de chemin (à voir ci-dessous). C'est peu dire que Francis Hallé aime les plantes, et les arbres en particulier. Ce scientifique de renommée internationale, découvreur de « l'architecture botanique », leur a consacré toute sa vie et contribué à renouveler notre regard sur elles et leur « radicale altérité ». Comprendre le règne végétal, dit-il, exige « une révolution intellectuelle ». C'est, aujourd'hui plus que jamais, une urgence alors que les dernières forêts primaires, sommet de la biodiversité et berceau de l'humanité, sont en train de disparaître dans l'indifférence quasi générale. Nous l'avons rencontré chez lui, à Montpellier, à l'occasion de la sortie d'Aux origines des plantes, ouvrage collectif qu'il a codirigé pendant près de trois ans, et magistral hymne à la magie végétale.
Où en est-on de la connaissance des plantes ?Nous les comprenons encore très mal ! Quand nous les étudions, c'est toujours à partir de modèles humains et animaux. Nous restons indécrottablement zoocentrés. D'ailleurs, la formation des biologistes se fait toujours sur l'homme et l'animal. Résultat, nous passons souvent à côté de la réalité végétale, d'autant qu'il y a beaucoup plus de travaux sur les animaux que sur les plantes. Je trouve cela injuste. Le Muséum de Paris ouvre une Grande Galerie de l'évolution, et il oublie les plantes. Un ponte américain, Russell Mittermeier, publie une somme intitulée Megadiversity, et il y parle à 98 % d'animaux, tous très bien identifiés. Mais les plantes ? Il en cite une poignée, dont la moitié ne porte pas de nom, un arbre du Mexique, une plante du Paraná au Brésil... De même, on a une Société protectrice des animaux mais on n'a jamais entendu parler d'une SPP, une Société protectrice des plantes. D'ailleurs des expressions comme « c'est un légume », « se planter » disent bien notre mépris.
Reconnaissez qu'il est plus difficile de s'identifier à un géranium qu'à un animal...Effectivement. Et pourtant, elles ont beaucoup à nous apprendre. Sait-on qu'elles sont plus évoluées que nous ? L'être humain, qui se croit au sommet de l'évolution, compte 26 000 gènes dans son ADN. On a découvert que le génome du riz en détient 50 000. Le double ! Ça a été un choc pour les biologistes, qui pensaient que plus un organisme était évolué, plus il comptait de gènes. Fallait-il tout revoir ? « Pas du tout », nous a répondu le généticien Axel Kahn,« le riz est plus évolué que l'homme : essayez donc de passer l'hiver le pied dans l'eau froide, à vous nourrir exclusivement de lumière, de soleil et de gaz carbonique. Vous n'y arriverez pas, car votre équipement génétique est insuffisant ». En réalité, les règnes animal et végétal ne sont pas en compétition. Mais nous sommes partis dans deux directions différentes, et la plante est allée plus loin que nous.
Comment cela ?L'animal est mobile, la plante pas, et c'est un sacré changement de paradigme : les végétaux ont dû développer une astuce largement supérieure à la nôtre. Ils sont devenus des virtuoses de la biochimie. Pour communiquer. Pour se défendre. Prenons le haricot : quand il est attaqué par des pucerons, il émet des molécules volatiles destinées à un autre être vivant, un prédateur de pucerons. Voilà un insecticide parfait ! Pour se protéger des gazelles, un acacia, lui, change la composition chimique de ses feuilles en quelques secondes et les rend incroyablement astringentes. Plus fort encore, il émet des molécules d'éthylène pour prévenir ses voisins des attaques de gazelles. Enfin, des chercheurs de l'Institut national de recherche d'Amazonie (INPA) viennent de montrer que les molécules volatiles, émises par les arbres tropicaux, servent en fait de germes pour la condensation de la vapeur d'eau sous forme de gouttes de pluie. Autrement dit, les arbres sont capables de déclencher une pluie au-dessus d'eux parce qu'ils en ont besoin !
“On ne peut pas parler d'intelligence
dans le règne végétal. Les plantes s'adaptent,
communiquent, se défendent,
mais il s'agit de phénomènes automatiques.”
Les arbres seraient donc intelligents ?Non. On ne peut pas parler d'intelligence dans le règne végétal. Les plantes s'adaptent, communiquent, se défendent, mais il s'agit de phénomènes automatiques. Pour être « intelligent », il faut pouvoir hésiter, se tromper. La plante ne le fait pas.
Mais leur mode d'existence est extrêmement original...Nous sommes face à une altérité totale. Et c'est précisément ce qui me touche tant. Ces plantes, si fondamentalement différentes, forment des poches de résistance à la volonté de contrôle de l'homme. Moi, ça me rassure, ça me permet de respirer. Mais l'altérité gêne. Je connais beaucoup de gens à qui cela fait peur de savoir, par exemple, que l'arbre est potentiellement immortel. L'homme et l'animal finissent tous par mourir, c'est inéluctable, alors l'idée que des végétaux puissent échapper à ce sort commun en effraie beaucoup...
Les plantes ne sont pas programmées génétiquement pour mourir ?Non, leur fin est toujours due à des éléments externes : une inondation, un coup de froid, un bûcheron, un incendie... Mais si tout va bien, il n'y a aucune raison pour qu'elles disparaissent. Chez les animaux et les hommes, les gènes s'éteignent par un mécanisme biochimique - la méthylation – qui est à l'origine de la sénescence – le vieillissement. Certains arbres et plantes paraissent échapper à ce processus : avec leur « croissance rythmique » – stoppée en hiver –, ils réactivent leurs gènes « éteints » à compter du printemps, et luttent ainsi contre la sénescence. En outre, à partir d'un arbre originel mort depuis longtemps, des « clones » se forment grâce à des mécanismes de multiplication végétative au niveau du sol, ce qui leur donne une durée de vie illimitée. Il suffit d'aller dans la banlieue de Londres, au jardin botanique de Kew Garden, pour voir une collection d'arbres potentiellement immortels. Les chênes y vivent éloignés les uns des autres au milieu d'immenses pelouses. Leurs branches basses traînent par terre et s'enracinent pour donner de nouveaux arbres, qui à leur tour en donnent d'autres. Si les conditions restent bonnes, pourquoi voulez-vous que ça s'arrête ? Le plus vieil arbre que l'on ait identifié pour l'instant, le houx royal de Tasmanie, a 43 000 ans. Sa graine initiale aurait germé au Pléistocène, au moment de la coexistence entre Neandertal et l'homme moderne. Le premier arbre sorti de la graine est mort depuis longtemps, mais la plante, elle, ne meurt pas, plusieurs centaines de troncs se succèdent sur 1 200 mètres.
Peut-on dire qu'il s'agit du même arbre ?Comprendre l'arbre suppose d'opérer une révolution intellectuelle. C'est un être à la fois unique et pluriel. L'homme possède un seul génome, stable. Chez l'arbre, on trouve de fortes différences génétiques selon les branches : chacune peut avoir son propre génome, ce qui conforte l'idée que l'arbre n'est pas un individu mais une colonie, un peu comme un récif de corail.
“L'arbre a cherché le carbone dans l'air,
l'a épuré et transformé en bois.
Couper un arbre, c'est comme
détruire une usine d'épuration.”
Vous parlez aussi des excréments des arbres !Toute machine, avec une entrée d'énergie, produit des déchets. Les thermodynamiciens, les physiciens l'ont démontré. Mais où passent les excréments des arbres ? On a dit que c'était peut-être l'oxygène, ou les feuilles mortes. Or il semblerait que ce soit le tronc, et plus précisément la lignine, qui constitue l'essentiel du bois. Il s'agit d'un produit très toxique que l'arbre dépose sur des cellules qui sont en train de mourir et qui vont se transformer en vaisseaux – ceux-là mêmes qui vont permettre la montée de l'eau dans le tronc. On peut donc dire que l'arbre repose sur la colonne de ses excréments : cette lignine qui donne aux plantes leur caractère érigé, qui leur permet de lutter contre la pesanteur et de s'élever au-dessus des végétations concurrentes. C'est très astucieux. Et c'est bien dans le style des plantes de tirer parti de façon positive de quelque chose de négatif. On dit souvent que l'arbre vient du sol. Mais en réalité, il est né d'un stock de polluants, puisqu'il est constitué à 40 % de molécules à base de carbone (le reste est de l'eau). L'arbre a cherché le carbone dans l'air, l'a épuré et transformé en bois. Alors, couper un arbre, c'est comme détruire une usine d'épuration.
L'arbre est une ressource prodigieuse. En est-on suffisamment conscient ?On pourrait l'utiliser bien plus encore ! Les plantes sont d'ailleurs faites pour être utilisées car, contrairement à l'animal, vous n'êtes pas obligé de les tuer pour vous en servir. Non seulement 80 % de nos médicaments proviennent des végétaux, mais je pense que les plantes, et les arbres en particulier, sont nos meilleurs alliés pour lutter contre le réchauffement climatique. Dans la mesure où celui-ci est dû au CO2, quoi de mieux que les plantes, qui ont précisément les moyens de fixer le carbone ? Si on replantait suffisamment d'arbres, on n'aurait plus de problème d'effet de serre. Il y a dans les tropiques d'énormes surfaces déforestées, où la culture ne marche pas, et qui offrent des terrains parfaits pour replanter des arbres.

Francis Hallé
Francis Hallé - Photo : Jérome Bonnet pour Télérama

En 2003, vous aviez alerté sur la disparition des forêts primaires. Où en est-on aujourd'hui ?C'est pire. En 2003, il leur restait dix ans avant de disparaître. Deux éléments se sont surajoutés depuis. Le développement économique de la Chine tout d'abord. Les Chinois ont un grand besoin de bois, et comme ils ont rasé leurs propres forêts depuis longtemps, ils vont chercher leurs ressources ailleurs : en Afrique, en Amérique du Sud, et surtout dans le Sud-Est asiatique - le Cambodge est soumis à une déforestation effrénée. Et puis il y a les agrocarburants. De nombreux pays n'hésitent plus à couper leur forêt, jugée insuffisamment productive, pour la remplacer par des cultures pour agrocarburants. Pourquoi ? Pour faire le plein dans nos bagnoles. C'est terrifiant. Si on n'a plus assez d'essence, il faut réduire notre consommation, et non pas piller les pays tropicaux, qui ont toujours été nos victimes. Tout cela, nous le savons bien. Mais nous, et surtout nos hommes politiques qui auraient le pouvoir d'agir, ne faisons rien.
Pourquoi ?La France est un acteur majeur du commerce du bois et participe à la déforestation, notamment en Afrique, en soutenant de grosses entreprises comme Bolloré, Leroy, Rougier, Pallisco... Elles bénéficient de l'aide publique au développement, mais aussi des services scientifiques de l'Etat. Le Cirad-Forêt (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) sert de support technique aux entreprises de déforestation. Quand elles tombent sur une nouvelle espèce d'arbre avec un bois qui leur paraît intéressant, c'est le Cirad-Forêt qui essaie de lui trouver une application. Cela fait longtemps que nos politiciens, de droite comme de gauche, tirent parti de cette déforestation. Il suffit de penser aux réseaux Pasqua, Mitterrand, Chirac, à ce qu'on appelle la Françafrique, et qui a permis aux chefs d'Etat africains de financer les campagnes électorales en France. Et ceux qui ne sont pas mouillés n'ont de toute façon jamais été formés à l'écologie, pourquoi changeraient-ils de politique ?
“C’est dans les forêts équatoriales qu’on trouve
le maximum d'espèces dans un volume donné,
beaucoup plus que dans le milieu marin.
C'est donc une formidable perte.”

C'est pourtant un enjeu essentiel pour l'humanité ?Les forêts équatoriales représentent le sommet de la biodiversité. On y trouve le maximum d'espèces dans un volume donné, beaucoup plus que dans le milieu marin. C'est donc une formidable perte. Notre espèce y est née, et on y trouve encore nos plus proches cousins, les grands primates. Et n'oublions pas que cette disparition se double d'un génocide car il y a des hommes qui vivent là, sans détruire quoi que ce soit. Un génocide institutionnalisé pour la recherche du profit : qu'est-ce que ce monde-là ? Le cas de la Guyane me touche de près. On y détruit la forêt pour chercher de l'or, en utilisant du mercure qui pollue les rivières et pourrait avoir une influence dramatique sur les populations amérindiennes. Quand Hernán Cortés est arrivé à Mexico, que cherchait-il ? De l'or, et il avait le plus profond mépris pour les Indiens. A-t-on fait le moindre progrès depuis ?
Considérez-vous le combat comme perdu ?J'ai passé beaucoup de temps à tenter de défendre la forêt primaire, et je n'ai rien obtenu. Mais sur le plan éthique, se battre a une valeur. Je me considère comme extrêmement privilégié : grâce à l'expérience du Radeau des cimes, j'ai vu ces merveilles et j'aurais voulu que mes contemporains puissent en profiter. Le sous-bois de ces forêts, ce qu'on voit à hauteur d'homme, ne présente pas grand intérêt. En revanche, ces canopées sont d'une beauté spectaculaire, impossible à décrire. Une fois que vous avez vu ces couronnes d'arbres en fleurs, ces animaux extraordinaires et de toutes tailles, que vous avez entendu le concert de la faune canopéenne à la tombée du jour, au milieu des lucioles, vous ne pouvez plus y toucher. Par ailleurs, c'est une immense réserve en molécules biochimiques, un trésor planétaire qui offre des perspectives formidables pour la recherche pharmaceutique. Un jour, on aura besoin de ces molécules et on se dira : c'est bête, on les avait sous la main et on n'en a pas tiré parti.
SUR LE NET
 www.radeau-des-cimes.org